Pêcher l’alose à la mouche

Pêcher l’alose à la mouche

Parmi les migrateurs qui fréquentent nos cours d’eau normands, l’alose occupe une place de choix bien qu’elle soit méconnue d’une majorité de pêcheurs.

L’Alose Le poisson

En Normandie, l’alose est présente notamment dans la Sélune, la Vire, la Douve, l’Orne et mentionnée dans la Dives.

Poisson anadrome ( en savoir plus), elle remonte nos fleuves au printemps et est présente jusqu’à début juillet période où en règle générale la totalité de ces poissons meurt après avoir frayé.

La ponte a lieu en pleine eau et donne lieu à des manifestations bruyantes et qui ne passent pas inaperçues : on dit alors que les aloses font des bulles

Les œufs sont fécondés librement, sans que les poissons aient à préparer des frayères comme c’est généralement le cas (sandres,saumons, …), et se collent sur les cailloux du fond où ils éclosent rapidement.

Les petites aloses (alosons) restent très peu de temps en eau douce et gagnent rapidement les eaux saumâtres des estuaires pour ensuite avoir une croissance en mer de 6 à 7 ans.

Au terme de cette croissance le cycle est bouclé et les adultes remontent les fleuves pour y pondre et mourir.

Il existe deux variétés d’aloses : l’alose feinte ou petite alose dont la taille ne dépasse pas 40 à 45 cm et la grande alose qui mesure 55 à 65 cm – voire plus – et qui peut peser jusqu’à 6 livres : c’est elle qui nous intéresse.

Elle peut se pêcher au lancer à la cuiller (les petites Mepps N° 2 blanches sont efficaces) mais le plus spectaculaire est de la pêcher à la mouche noyée.

Le matériel de pêche à la mouche …

La canne 

Une canne de 9 à 11 pieds et de force 6 à 8 suffit largement pour pêcher nos rivières.

Le matériel utilisé pour la truite de mer ou le saumon d’été est tout à fait approprié.

La soie 

La soie devra bien sûr correspondre à la puissance de la canne et pourra être flottante (WF-F) ou intermédiaire (WF-I).

Elle sera précédée d’un backing d’une cinquantaine de mètres qui a deux objectifs : d’abord augmenter le volume de la soie sur le moulinet ce qui permet une récupération plus rapide de la soie.

Le second objectif est de permettre au poisson de prendre la ligne qu’il veut sans que le pêcheur ait à le brider trop sèchement au risque de casser.

Le poly-leader

Accessoire indispensable, il sera fast sinking à super-fast sinking s’il est associé à une soie flottante et slow-sinking à fast sinking pour la soie intermédiaire. Tout dépend des zones prospectées, de la profondeur et de la force du courant.

La pointe 

Le fluoro carbone est tout à fait adapté à cette pêche.

Pour éviter des casses, toujours regrettables, un mono-filament de 20 % minimum à 26 % est à prévoir afin d’éviter toute déconvenue lors des premiers rushs au cours desquels un gros poisson vous mettra rapidement sur le bac king.

La longueur de la pointe doit être adaptée à la soie et au polyleader : la règle à suivre est simple :

« Plus la soie et le polyleader sont choisis pour couler rapidement, plus la pointe doit être courte « 

Ainsi, la pointe choisie pour accompagner une soie intermédiaire associée à un polyleader fast sinking ne devra pas dépasser 1 mètre 50 sinon, la longueur de la pointe neutralisera l’effet recherché de pêche profonde.

La mouche

Les mouches généralement utilisées pour pêcher l’alose sont très colorées et sont fabriquées avec des matériaux flashy : hot orange, chartreuse fluo, jaune, modulables à l’envie selon les goûts du monteur.

Elles ressemblent pour la plupart à de grosses nymphes.

Toutes les couleurs peuvent être prenantes : il faut cependant les choisir convenablement en fonction de l’eau : couleur, hauteur température. Ainsi, une mouche noire sera efficace à la nuit tombée.

Il n’est pas possible d’évoquer les différentes mouches possibles. Cependant, pour les monteurs, une mouche enregistre des résultats réguliers sur les rivières normandes fréquentées par les aloses : il s’agit de la « GM Pinocchio ».

La GM Pinocchio

mouche GM Pinocchio

Elle est montée sur un hameçon mouche simple   N° 6 ou 8. Il faut utiliser des hameçons forts de fer pour gagner un peu de poids et pour ferrer correctement le poisson dont la gueule est très dure et osseuse et génère beaucoup de décrochés.

Montée sur un hameçon N° 8, c’est une mouche passe-partout.

Les hameçons à carpes sont tout à fait appropriés mais leur taille diffère selon les fournisseurs … Les B 175 de Kamazan sont parfaits et acceptent bien les perles en tungstène.

L’hameçon est équipé d’une perle dorée en tungstène.

La mouche est dotée d’une queue composée de fibres synthétiques rouges vif (prélevée sur un costume de Pinocchio – d’où son nom) : des fibres prélevées sur un hackle rouge ou des poils rouge (bucktail ou écureuil) font aussi l’affaire.

ATTENTION : la queue est indispensable mais elle ne doit pas être trop longue au risque d’enregistrer des « tirées » suivies d’un ferrage dans le vide.

Le corps est réalisé avec de la chenille cactus Fritz de 4 millimètres Hot orange.

Le corps est cerclé par un tinsel rond medium argent.

Quelques fibres vertes -2 ou 3 – (le marabout est parfait pour cela) sont fixées en aile parallèle au corps. Ces fibres doivent être discrètes et ne pas dépasser le début de la courbure de l’hameçon

Une plume de coq orange ou verte est montée en hackle juste derrière la bille.

Voilà, c’est tout.

Cette mouche peut être réalisée avec la même chenille en jaune vif ou fluo, en vert chartreuse fluo, en rouge … etc … La couleur du hackle de coq doit être adaptée en conséquence.

L’action de pêche 

La pêche se pratique comme la pêche traditionnelle en noyée : lancers aval et dérive de la mouche.

Concernant la pêche de l’alose, il vaut mieux que la mouche passe au niveau du poisson même s’il lui arrive de monter prendre la mouche à la tombée ou entre deux-eaux.

En conséquence le lancer 3/4 aval traditionnel doit être légèrement modifié afin de commencer la dérive le plus haut possible (presque en face du pêcheur) afin que la mouche soit rapidement à la bonne profondeur.

Les mendings ne sont pas utiles :  il faut que la mouche dérive normalement et, lorsqu’elle se trouve dans le prolongement de la canne, le pêcheur récupère de la soie afin de déclencher une éventuelle attaque et permettre également un nouveau lancer plus facile.

Les rivières normandes fréquentées (+ ou -) par les aloses

De l’extrême sud-ouest à l’extrême nord-est …. de la Normandie (basse)

La Sélune 

A Ducey, en aval du moulin de Quincampoix, il y a quelques beaux courant et zones plus calmes où à la saison les aloses stationnent … et prennent facilement une mouche.

La Vire 

C’est le fleuve à aloses par excellence : population dense et zones de répartition très variées et nombreuses.

La Douve

Il faut la pêcher assez haut vers Saint Sauveur le Vicomte. Les poissons y sont nombreux également.

L’Orne

Si les aloses pouvaient passer « normalement » le barrage de Caen, l’Orne serait le premier fleuve à aloses de Normandie.

Chaque année il y a quelques poissons qui réussissent à passer Caen et elles stationnent régulièrement à May, en aval du barrage de la mine et dans les courants en amont du Pont du Coudray au moins jusqu’au pont de Brie.

La Dives

Des aloses ont été signalées … en aval de Saint Samson.  A voir …

Et après … la table

Au siècle dernier et avant, l’alose s’invitait aux repas de fête sur les bords de la Garonne, de la Dordogne ou de la Loire : les menus de l’époque sont le garant de la place de ce poisson sur nos tables ;

Pas de fête de famille de printemps sans alose au beurre blanc, alose sauce hollandaise, alose au four : nos ancêtres étaient moins susceptibles que nous vis à vis des arêtes et connaissaient la valeur des choses et leur rareté….

Aujourd’hui, la pratique du « catch & release » impose que les aloses soient relâchées rapidement : c’est un poisson qui se bat jusqu’au bout et qui stresse beaucoup ce qui le fragilise et a malheureusement pour conséquence sa mort fréquente après le combat.

Donc le « catch & release » interdit la photo hors de l’eau ou les comportements de « kéké » avec le poisson tenu à pleines mains, bras tendus vers l’objectif pour en augmenter la taille … avec le grand sourire de vainqueur et la canne en équilibre sur l’épaule (on a beau être sportif, on n’en est pas moins homme et il faut quand même une preuve pour les amis …) Ces comportements de beauf sont à proscrire si vous entendez relâcher convenablement votre poisson.

L’alose est un poisson de la famille de la sardine et du hareng (Clupéidés) : elle est caparaçonnée d’arêtes et considérée maintenant comme immangeable par beaucoup compte tenu de ses arêtes.

C’est un poisson présent sur le continent américain – connu sous le nom de « shad » – et uniquement recherché pour ses œufs et ses laitances qui sont seuls à être dégustés.

Cela dit, l’alose se prête très bien à la fumaison (fumoir) et sa chair est excellente … donc à essayer … sans exagérer.